26 mars 2007
INTERVIEW FRANCOIS BAYROU DANS "20 MINUTES"
« Il n'y aura plus de Parlement aux ordres du gouvernement»

Interview de François Bayrou, président de l’UDF.
Si vous étiez élu le 6 mai, quelles seraient vos premières actions ?
Une fois élu, la première décision qui s'impose, c'est la constitution d'un gouvernement qui montrera qu'on peut concrètement faire travailler ensemble des gens de gauche et des gens de droite. Afin qu'enfin, la social-démocratie apparaisse en France.
Vous avez évoqué la constitution d’un gouvernement composé des meilleurs des deux camps ?
Je n'ai jamais employé ce terme. J'ai dit que le critère serait la compétence et l'expérience au lieu des dosages d'étiquettes. Il s'agit d'associer des hommes, des femmes de gauche, de droite et du centre autour du même projet. C'est un changement profond du paysage politique et de la manière de penser la responsabilité politique. Les rapports entre le gouvernement et le Parlement vont changer, il n'y aura plus de Parlement aux ordres du gouvernement.
Avez-vous identifié les cinq personnes clés de votre gouvernement ?
Je les ai en tête. Si vous saviez le nombre de messages que je reçois de gens disant : « Naturellement si tu arrives à remporter la présidentielle, j'en serais. » Seulement, ils ne peuvent se prononcer publiquement car tout est verrouillé par les appareils. Ils s'exprimeront entre les deux tours, ce sera le moment de vérité.
C’est à ce moment-là que vous allez annoncer le nom de votre Premier ministre ?
Non, il faut respecter l'élection présidentielle. On élit le président de la République, on n'élit pas le gouvernement ou des ministres. Ce que j'ai entrepris de faire, cela n'a pas été fait depuis cinquante ans. Il ne faut pas seulement changer le locataire de l'Elysée, il faut changer le logiciel, c'est long. Je ne minimise en rien la difficulté. D'une certaine manière, les Français ont changé plus vite à cet égard que les gouvernants. Plusieurs sondages montrent qu'aux deux tiers, les Français veulent un gouvernement d'union nationale et qu'aux deux tiers, ils ne font plus confiance à la gauche et à la droite. Il reste donc 35 % à la gauche et à la droite, vous divisez par deux, vous enlevez les extrêmes, qu'est-ce qu'il reste ?
Une fois un gouvernement constitué, quelles seraient les premières mesures que vous prendriez?
Premièrement, il y a un gros coup de booster à donner sur l'emploi, car il n'y a pas de politique sociale ni de politique pour les jeunes sans emploi. Chaque entreprise doit, quelle que soit sa taille, pouvoir embaucher deux personnes sans avoir à payer d'autre charge pendant cinq ans que 10 % pour les retraites. Cela peut créer des centaines de milliers d'emplois la première année. Il y a ensuite besoin de lancer une grande politique de lutte contre l'exclusion. Nous devons donner à chaque personne touchant le RMI la possibilité d'avoir une activité encadrée par une association ou une collectivité locale, ce qui lui permettra d'améliorer ses fins de mois et de retrouver une meilleure place dans la collectivité. Il y a tellement besoin de bonnes volontés pour encadrer des associations sportives, pour s'occuper des enfants dans les écoles...
Votre proposition est-elle comparable à celle de Nicolas Sarkozy, qui clame « pas de revenu minimum sans contrepartie» ?
Il ne faut pas la présenter comme une punition. C'est une idée que je formule depuis 2002 et que nous avons proposée au gouvernement en vain. Autre mesure nécessaire dès le début du quinquennat : je veux discuter avec l'Education nationale sur les objectifs de résultats qu'elle peut se fixer pour arriver à l'illettrisme zéro en cinq ans. Dans la mondialisation, un pays comme le nôtre n'a qu'un seul atout : avoir les jeunes les mieux formés de la planète. Nous avons un des meilleurs systèmes d'éducation du monde, seulement il laisse au bord de la route 20 % des élèves.
Ce système produit aussi des chercheurs qui ne trouvent pas d’emploi…
Selon l'OCDE, le coût moyen d'un étudiant en Europe est de 9 000 euros par an, nous sommes dans la moyenne. Mais il y a des disparités : un élève des grandes écoles coûte deux fois plus cher qu'un étudiant de la fac de Villetaneuse. Au classement des universités mondiales, nous n'avons plus d'établissements au meilleur niveau, cela ne peut plus durer. Je mettrai cette question sur la table. Cependant, dans l'éducation, les plans ne s'imposent pas. Pour chacune des mesures d'urgence que je viens d'évoquer, les conséquences pour l'environnement et le climat seront prises en compte.
Quelle serait votre méthode de réforme ? Une vaste série de Grenelle participatifs ?
L'exact contraire de celles qu'ont essayé de suivre les gouvernements précédents, qui ont échoué au bout du chemin. Les trois premiers mois ne doivent pas servir à imposer aux Français des réformes dont ils ne veulent pas. Les cent premiers jours doivent constituer le cadre du changement dans lequel la société sera engagée. Il faut faire cela ensemble en prenant le temps nécessaire. Alors, les Français ne seront pas en position de réticence. Ils doivent savoir qu'ils auront leur mot à dire, qu'ils sont pris comme des citoyens et non des sujets. Croyez-vous que les universitaires soient heureux de la façon dont fonctionnent les universités en ce moment ? Il doit y avoir dans ces discussions de la coresponsabilité, en engageant un dialogue avec les partenaires sociaux.
Vous niez la notion de programme, où l’on choisit un président en fonction de ses intentions. Vous dites que vous allez discuter avec les Français des réformes...
Je dis quelles sont les orientations de mon programme. Je dis : « Voilà ce que je ferai pour les heures supplémentaires, je porterai leur majoration à 35 % sans que celle-ci représente une charge supplémentaire sur le coût du travail, car je la déduis des charges sociales ».C'est pour cela que j'ajoute dans mon programme une incitation forte à l'intéressement des salariés aux résultats des entreprises. Cela sera probablement sous la forme d'un avantage fiscal pour les entreprises.
Beaucoup de gens n’ont pas accès à des logements ou des emplois dignes à cause de leur nom ou du lieu où ils habitent. Que comptez-vous faire ?
Il faut conduire une politique sérieuse pour les banlieues. Je veux garantir dans chaque quartier sensible un retour de l'Etat. Un coordinateur des actions de l'Etat sera présent par quartier, pour les questions de sécurité mais aussi pour les services publics. Ce sera une sorte de sous-préfet avec obligation de résidence sur place. Dans ces quartiers, l'Etat a disparu, il n'y a plus que les associations. L'Etat, ce n'est pas le service des puissants, mais la protection des plus faibles. Il ne doit pas être concentré dans les 6e et 7e arrondissements. Concernant la lutte contre les discriminations, l'Elysée doit montrer l'exemple, des contrats doivent être signés entre l'Etat et les entreprises, notamment pour recourir aux CV anonymes. J'ai rencontré des associations qui disent aux entreprises : proposez-nous vingt emplois, nous vous garantissons la formation, le niveau d'expérience et nous reprenons l'employé s'il ne convient pas. En échange, il sera issu des minorités. Depuis cinq ans, je tourne dans ces quartiers. Il y a là-bas une volonté énorme de créer des entreprises. Il faut l'aider.
Vous placez l’écologie à un rang élevé de vos préoccupations. Quelle est votre politique concernant l’énergie nucléaire ?
Je ne crois pas qu'on puisse réaliser les objectifs du protocole de Kyoto en faisant semblant de renoncer au nucléaire. La France n'y renoncera pas. Je me pose des questions à propos de l'EPR, sur lequel il n'y a pas eu de débat. Je ne suis pas absolument convaincu qu'on avait besoin de 3,5 milliards d'euros pour une unité d'énergie nucléaire en plus. Par ailleurs, beaucoup de gens, dont Nicolas Sarkozy, veulent privatiser Areva. Je suis contre, car la maîtrise de la technologie nucléaire doit rester du domaine de l'Etat.
C'est tout simplement indispensable, il n'y a aucun autre moyen. L'Etat doit être plus économe, les dépenses de l'Elysée baisseront de 20 %, car il faut montrer l'exemple. Les ministères, les cabinets, les directions centrales vont suivre. Je diminuerai les effectifs dans la fonction publique partout où je considère que ce n'est pas une action de terrain prioritaire. Pour l'Education nationale, je sais qu'on ne diminuera pas les effectifs, mais on les affectera mieux, on fixera ensemble des objectifs transparents pour chacun. Pour éviter les doublons, je vais fusionner les collectivités locales du département et de la région. Les élus travailleront avec une seule administration, ce seront les mêmes qui décideront de l'action sociale, de l'action économique. Sans que les départements disparaissent en tant qu'entités. C'est ainsi qu'ont procédé tous les pays qui ont réussi les réformes de l'Etat. La férocité n'est pas gage de réussite. Il faut travailler ensemble, pour que la France n'ait pas l'impression qu'on prend la moitié du pays pour taper sur l'autre. Regroupons-les dans la même maison pour qu'elles soient mieux gérées. Mais ce n'est pas la proposition de Sarkozy, c'est celle du gouvernement Villepin, de Borloo, tout le monde y a pensé. Il y a de très larges zones de consensus dans la société française.
Si vous êtes présent au second tour, comment allez-vous adapter votre discours selon que vous affrontez Sarkozy ou Royal ?
Je ne l'adapterai en aucune manière, ne comptez pas sur moi pour cela. Avec Nicolas Sarkozy, j'ai depuis longtemps une confrontation de projets, avec Ségolène Royal, j'aperçois moins son projet. Je ne changerai pas de vision, je suis là pour proposer aux Français de dépasser les vieux clivages, eux sont là pour les prolonger. Nous sommes dans une société en crise exceptionnelle, comme on n'en a pas eu depuis peut-être cinquante ans. Cela exige une réponse exceptionnelle, et cette réponse est de l'ordre de l'union nationale. En tout cas, autour d'objectifs de redressement du pays, concernant la dette, l'emploi, l'éducation, l'exclusion, l'Europe et l'environnement.
Tous les candidats parlent de redressement...
Oui, ils ont les mêmes objectifs, mais ils ne veulent pas travailler ensemble. Personne ne propose de supprimer les 35 heures pour revenir aux 39 heures, personne ne propose une régularisation automatique et générale des sans-papiers... Tout le monde est pour la régularisation par critères. Puisqu'il y a des objectifs conciliables sur un certain nombre de points, travaillons ensemble ! Jusqu'à maintenant, l'Etat s'est présenté comme le seul décideur, il décide et rien ne change. Il doit trouver face à lui une société civile organisée par laquelle remontent les informations et il doit être réactif. Il y a dans la société d'énormes marges de progrès sans dépenser un sou. Supprimons les cautions et les dépôts de garantie pour les logements et remplaçons-les par une assurance coûtant quelques euros par mois. D'un coup, vous soulagez des milliers de jeunes qui ont honte d'aller demander à leurs parents qui n'ont pas de sous. Ça ne coûtera pas un centime et ça peut créer des emplois.
Il reste un problème pour convaincre tout le monde : vous avez gouverné avec droite, et au cours de la campagne vous avez été rejoint par des candidats de droite : Corinne Lepage, Edouard Fillias.
Je n'ai pas gouverné à droite, j'ai été il y a quinze ans dans une alliance du centre et de la droite. Et au bout d'un long travail de réflexion politique, j'ai conclu qu'il fallait que le centre soit autonome pour proposer un autre chemin au pays.
Recueilli par Frédéric Filloux et Arnaud Sagnard.
Vous avez mis la dette au centre du débat. Pour la limiter, il faut réduire drastiquement les dépenses...
22 octobre 2006
Développement durable : passer aux actes
Mes chers amis, C'est le deuxième colloque sur l'environnement que nous organisons en quelques mois, et il y en aura d'autres, car on est au coeur des questions auxquelles notre société va avoir à apporter une réponse. Ceci est à la fois un résumé des problèmes de notre temps, et symbolique des réponses que l'on doit apporter. Un sourire avant de commencer. Toi qui es conseiller régional d'Ile-de-France, qui nous a fait part du programme du Conseil régional sur les panneaux solaires. En sortant du portail, tourne à droite et regarde l'immeuble de verre sur le trottoir de gauche. Tu vas découvrir qu'il est fait de panneaux striés, de cellules photovoltaïques prises dans le verre, plus exactement de faux panneaux solaires. Pourquoi ? Parce que les promoteurs et architectes qui avaient déposé un permis de construire pour un immeuble alimenté par panneaux solaires, ont dû attendre si longtemps une réponse qu'ils ont été contraints de construire avec de faux panneaux solaires. C'est un des grands maux de la France : on fait semblant de discuter. On n'écoute pas les interlocuteurs, ou si on les écoute, on se contente de leur dire "ce que vous demandez est déjà fait". On passe son temps à pondre des décisions qui ne sont de nul effet, et ajoutent à la pile des décrets, arrêtés, recommandations, lois que nous votons et qui ne changent rien à la réalité du pays. Nous sommes devant le sujet de notre avenir. Nous allons devoir répondre à cette question, non seulement en tant que politiques, mais en tant que génération.
C’est le défi principal par les enjeux en Quand l'unanimité des scientifiques dit "il y a un phénomène sans précédent dû aux activités humaines", il est du devoir des politiques de conclure qu'ils ont une responsabilité, et du devoir des citoyens d'imposer une réponse à cette question. cause et par ce que cela signifie de la démocratie que nous voulons construire. Je veux reprendre les faits, vous y retrouverez ceux dont nous avons débattu le 22 avril, que Jean-Marc Jancovici a présentés à notre Congrès il y a deux ans, dont nous avons parlé à notre Université d'été, dont parle le film d'Al Gore que je vous appelle à voir, et que les scientifiques considèrent désormais comme des données : tous les scientifiques que j'ai rencontrés sont allés dans le même sens. Le monde politique doit prendre en compte cette unanimité : sur 924 contributions scientifiques significatives sur l'évolution du climat, l'Académie des Sciences américaine en a compté zéro pour nier le phénomène en cours. D'ici à la fin du siècle, nous allons assister à une hausse de la température moyenne du globe, située entre 1,8 et 5,8°. 1,8°, c'est la différence entre le climat actuel et les dernières grandes glaciations. Mesurez ce que peut avoir comme signification une nouvelle hausse de 1,8° en termes de niveau des océans, de menaces sur la vie de l'humanité.
De l'ensemble du carbone fossile, produit de la vie même, l'humanité en aura brûlé probablement la moitié en un siècle et demi - une poussière de seconde dans l'histoire de l'humanité. La dégradation climatique n'est pas la seule menace. Je veux en rappeler deux autres. Un certain nombre de scientifiques indiquent l'apparition de maladies nouvelles, dont certaines ne trouvent pas de réponses médicales, et contredisent l'amélioration de la santé de l'humanité : la cause est dans notre mode de vie. Plus grave peut-être, des scientifiques et médecins notent que la fertilité masculine est en chute libre en raison de la présence de molécules, par exemple de métaux lourds, dans notre atmosphère. La courbe de la concentration des spermatozoïdes dans la semence masculine indique que, peut-être, l'humanité est menacée comme espèce. Le catastrophisme n'est pas dans mon tempérament, je suis de ceux qui croient que la vie se défend. discours_bayrou_colloque_environnement 2 / 2
Mais comme politiques et citoyens, nous ne pouvons laisser ces questions sans réponses. À ce constat, il faut apporter deux sortes de réponses. La première sorte, c'est l'urgence. Il nous faut mesurer que nous avons devant nous des questions d'urgence. En particulier, la prise en considération des phénomènes climatiques, notamment pour nous, citoyens français. Bien entendu, ce n'est pas une question nationale. Si à l'instant même, la France se mettait à ne plus émettre de CO2, ni d'autres gaz à effet de serre, ça ne changerait rien à l'atmosphère de la France. Evidemment, nous sommes solidaires, les vents de haute altitude à plus de 200 km/h rendent l'humanité entière responsable du climat de la terre entière. Mais il n'y aura de décision politique à l'échelle de l'humanité, que s'il y a des puissances politiques pour porter ces décisions. Et il n'y aura de puissances politiques capables de porter ces décisions que si l'Europe existe, a une volonté politique, devient une démocratie - et pas une technocratie - qui porte l'ardeur des citoyens européens. Et l'Europe n'existera que si nous, peuple français, faisons les choix qui s'imposent quand nous en aurons la faculté. C'est un débat urgent et il dépend de nous. D'un double mouvement de conscience, de pédagogie de l'opinion, de capacité à faire des citoyens des acteurs des décisions que nous allons prendre. Je suis, Madame [Anne-Marie Ducroux ancienne présidente du Conseil national de développement durable], aussi sévère que vous et sans doute plus, sur la manière dont fonctionne la démocratie française. Je viens de publier en librairie, "Au nom du tiers-état". Nous sommes, comme peuple, exclus de la plupart des décisions
, mais, sur des questions comme celle-là, il faut que nous rendions le peuple acteur,
Il y a la manière démagogique de voir l'exclusion du peuple et il y a la manière démocratique.
La manière démagogique cherche des boucs émissaires, des responsables, ou dit "je vous suivrai où que vous irez, vos décisions seront les miennes". L'autre manière, démocratique, consiste à prendre le peuple des citoyens comme un acteur de premier plan, à le placer en face du pouvoir, en situation de partenaire.
Je suis un défenseur du La démocratie de représentation, est piétinée concept d'éducation populaire. Le film d’Al Gore, c'est de l'éducation populaire. Ça prend le citoyen au sérieux dans sa conscience, sa réflexion, cela fait de lui le premier responsable du pays dans lequel il vit. « Demo », le peuple ; « cratie », qui commande, le peuple qui commande. Je referme la parenthèse sur ces deux approches. Nous avons fait le choix de la démocratie. Elle a deux aspects que je veux illustrer. Une démocratie du citoyen que l'on doit consulter, qui doit avoir le moyen de participer directement à l'élaboration des décisions qui le concernent.
pour deux raisons principales, chacune des deux est discours_bayrou_colloque_environnement 3 / 3 suffisante seule, aurait dit Cyrano de Bergerac. La première : au Parlement, le peuple n'est représenté que par les deux partis dominants. Lionel Jospin et Jacques Chirac ont recueilli ensemble 35% des voix, leurs partis ont 88% des sièges, les autres - nous ne sommes pas les plus à plaindre - ayant des miettes. Il n'est pas normal que les Verts n'aient que trois députés à l'Assemblée, ils pèsent beaucoup plus de 3/577 dans la société ! Et il n'est pas normal que les extrêmes, contre lesquels je me suis battu toute ma vie, n'aient même pas un siège. Je préfère les affronter face-à-face plutôt que de voir ramper souterrainement des mouvements d'opinion qui bouleversent tout à coup la décision démocratique. Je suis pour qu'on ait deux types de représentation, comme l'Allemagne, une représentation des territoires et une représentation des opinions. Et je suis pour que le Parlement soit respecté et fasse son boulot, que les parlementaires participent aux débats du Parlement. Il y a deux raisons, conjoncturelle et structurelle, pour qu'ils ne participent pas. La raison conjoncturelle, c'est le cumul des mandats. Je suis pour que les députés aient un mandat unique, et en aient les moyens en termes de statut et de collaborateurs - ce qui impose qu'il y ait moins de députés. La raison structurelle, profonde, et évidente, c'est qu'ils sont tenus pour quantité négligeable dans toutes les décisions à prendre. Le Parlement de la République n'est même pas invité à discuter de l'EPR, des OGM, de la privatisation des autoroutes, ou de l'adhésion de la Turquie, … alors qu'est-ce qu'il lui reste comme sujets ? S'ils servaient à quelque chose, les parlementaires participeraient aux débats ! Je propose deux décisions drastiques, qui sont déjà la règle au Parlement Européen : 1) si l'on n'est pas là, on ne vote pas : pas de délégation de vote ; 2) si l'on n'est pas là, on n'est pas payé.
Je suis pour
; non qu'il ait vocation à décider sur
Urgence en matière de normes de construction
. Je suis très impressionné par les expériences de Urgence d'un programme sur les transports maisons passives : sans chauffage, les normes prévoient qu'elles supportent des températures de -25° dehors, avec +20° à l'intérieur ; grâce à des puits qu'on appelle canadiens ou provençaux, des vitrages au Sud, des triples vitrages, une isolation intégrale externe. Je n'ai jamais visité de maison passive, mais je vous y emmènerai pendant la campagne électorale ! Cela montre que la recherche a tout à faire dans ce secteur : je préconise un grand programme européen de recherche sur les économies d'énergie.
: ferroutage, canaux, biocarburants, voiture mixte, demain Je ne crois pas que la norme édictée par le sommet soit le moyen de régulation le plus efficace. Le plus efficace, c'est d'intéresser directement chaque acteur économique aux économies d'énergie. électrique espérons-le - tout ce qui est de l'ordre de la sobriété en matière de transports. Je visitais récemment l'usine de papier de Corbehem, qui vit la crise que vous savez (Stora-Enso). En visitant les hangars, on tombe sur des milliers de tonnes de papier en rouleaux, et on découvre une voie de chemin de fer ; je demande donc : "Vous chargez le papier sur des trains ? - Pas du tout. Le ferroutage convient très bien au papier, mais les problèmes sont tels en France que nous chargeons les bobines sur des camions, allons à la frontière allemande, et les transférons alors sur des trains". Voilà la situation de notre pays. Un problème de cette acuité nécessite des réponses planifiées dans le temps.
Si nous sommes seulement menacés de PV, peu d'entre nous investiront leur volonté dans les économies d'énergie. Voilà pourquoi je crois que nous devons planifier à long terme - 15 ans peut-être - , par le biais d'une "fiscalité carbone" par exemple, une régulation des prix des énergies fossiles,
qui pousse chacunun Pacte. Car ilune autorité gouvernementale chargée du durable. J'ai rencontré à ce sujet Nicolas
d'entre nous à programmer, dans le temps, ses économies. Il faut que chacun sache ce que coûtera le
carburant, le gaz, à 10 ans, à 15 ans, pour qu'il puisse programmer son futur chauffage, ses panneaux
solaires … C'est une idée poussée par Jean-Marc Jancovici et son groupe : je la trouve intéressante et
juste.
Ça ne peut pas se faire du jour au lendemain, sinon c'est sur les pauvres qu'on tape : il faut une
planification.
Il faut donc que ces sujets échappent aux affrontements partisans d'hier : il n'y a aucune chance qu'une
politique écologique se mette efficacement en place, si elle est l'affaire d'un parti contre les autres partis.
S'il y a un sujet sur lequel il faut dépasser ces clivages, qui avaient leur justification hier mais qui sont
aujourd'hui complètement dépassés, c'est bien le sujet du climat et du développement durable.
Il faut que chacun des grands mouvements politiques s'engage. Si je suis élu, je mettrai en place
national, et que je souhaite européen, pour l'environnement et le développement durable
nécessitera l'accord non seulement de la majorité nouvelle que nous voulons construire, mais des autres
formations qui auront un jour l'occasion de participer aux décisions.
Il faut également
Hulot. Son idée d'un "vice-premier ministre" ne consiste pas à faire du Ministre de l'Écologie le numéro
deux du gouvernement ; il s'agit d'instaurer, en plus du Ministre de l'Écologie, une autorité chargée de
veiller aux conséquences de long terme de l'action gouvernementale.
Si cette autorité avait existé, la dette n'aurait pas atteint la masse écrasante qui est la sienne.
Il est juste que dans une équipe gouvernementale, il y ait une autorité chargée du long terme.
tout, mais il doit avoir la possibilité de se prononcer sur des analyses et de voter des résolutions sur tous
les sujets. Si tel était le cas, les OGM et autres sujets y auraient fait l'objet de débats approfondis !
Et je suis pour qu'il soit interdit au gouvernement de passer en force, ce qui signifie la suppression du 49-
3 et des ordonnances. Les gouvernements ont dès lors besoin de construire des majorités d'idées, donc de
convaincre, notamment sur des questions comme celles dont nous débattons.
On réunira ainsi les conditions du progrès nécessaire de la démocratie de représentation.
J'en reviens au sujet. On est dans l'urgence, et sans répéter mon discours du 22 avril, je reviens sur
certaines des choses que nous avions dites.
sinon les puissants ne bougeront pas.
01 octobre 2006
BAYROU face aux lecteurs du PROGRES 28/09/2006
François Bayrou face aux lecteurs du Progrès
Interview de François Bayrou
Le Progrès- 28.09.06
Candidat à l’élection présidentielle, François Bayrou a rencontré mardi à Lyon douze lecteurs du « Progrès ». La discussion a roulé sur l’immigration, la carte scolaire, le mariage homosexuel et bien d’autres sujets. Un dialogue franc et direct, avec celui qui veut offrir « un autre choix » face au duo Sarkozy-Royal.
François Bayrou était à Lyon, mardi, à l'invitation de notre journal pour un « face à nos lecteurs » qui, vu le nombre de questions reçues à notre rédaction, fut un véritable succès. Le président de l'UDF a donc rencontré dans un restaurant de la presqu'île (La Tassée), un panel de douze lecteurs qui, de façon directe, ont pu lui poser leurs questions : action du gouvernement, accord avec l'UMP à l'issue du premier tour de la présidentielle, réforme des universités, mariage entre homosexuels et adoption, Europe, état de la planète, autant de sujets abordés sans détour par un François Bayrou prolixe qui, auparavant, a entamé une série de dialogues avec chacun de nos lecteurs, afin de mieux les connaître. Des échanges souvent intimes sur leur vie, leur famille et leur activité respectives. Seule la question des retraites des agriculteurs n'a été que survolée. Pourtant c'est un sujet sensible pour François Bayrou qui a rappelé ses origines béarnaises et rurales. Sans toujours partager les idées du président de l'UDF, nos lecteurs ont tous été séduits par l'homme à l'issue de plus de deux heures de débats qui ont confirmé sa volonté d'aller jusqu'au bout dans sa démarche politique indépendante.
>> Sylvie Couvreur (Loire) : J'ai toujours voté à gauche. Avec de moins en moins d'enthousiasme au fil du temps. Ce que j'entends chez vous c'est la volonté de faire appel à l'intelligence et transcender les partis pris. Pour autant, étant naturellement de gauche je me demande quel sera votre appel au second tour vis-à-vis de l'UMP. C'est important pour mon éventuel engagement au premier tour.
L'appel sera, je l'espère, de voter pour moi. Si on entre dans ces élections avec l'idée qu'il n'y a qu'un second tour possible PS/UMP on renforce le choix dans lequel on veut nous enfermer et je n'accepte pas ce choix-là pour la France. Tout mon combat sera de défendre qu'un autre choix est possible au 2e tour. Cela est déjà arrivé, en 1969 et, hélas, en 2002. C'est très important de montrer aux Français, en n'acceptant pas cette hypothèse, qu'il existe un autre choix. Car si je dis : voilà au second tour mon choix sera x ou y, à l'instant même je disparais aux yeux des électeurs qui ont envie de me faire confiance. C'est pour moi un point d'ancrage, c'est pour cela que cette question qui est légitime peut être le pire piège et j'expliquerai aux Français pourquoi un autre second tour est possible ; pour cela il faut accepter l'idée de la victoire de vos idées.
>> Roger Guyot (Lyon) : Comment, après vous être opposé à la majorité actuelle, comptez-vous obtenir aux prochaines législatives, des désistements ?
Si les Français entendent notre bonne foi, trouvent chez nous une compréhension de leurs attentes, ils voteront pour nous, y compris après la présidentielle.
>> Roger Guyot : Jugez-vous complètement négative l'action du gouvernement ?
Quand il lui arrive de faire des choses bien, je le dis. Ma liberté, c'est de dire oui quand c'est bien, non quand c'est mal. C'est le cas de l'affaire Clearstream : l'utilisation des services secrets de l'État dans une guerre entre deux politiciens, c'était la ligne blanche franchie. Nixon a démissionné pour beaucoup moins que ça. Je m'honore donc d'avoir voté la censure.
>> Roger Guyot : La réforme de la durée du mandat présidentiel n'a-t-elle pas accentué la division plus marquée droite/gauche ?
Je suis frappé de voir la distance qu'il y a entre le monde politique et la vie réelle. On a l'impression que le pouvoir est redevenu le monopole de quelques-uns, avec des médias extrêmement puissants, des forces financières. C'est comme une forteresse. On est revenu en un temps où, comme le Tiers-Etat, le peuple n'a plus accès au pouvoir. A la télé, on entend « les choses se sont arrangées, tout va bien. Depuis qu'on est là, il n'y a plus de problème de chômage, plus de problème de sécurité ». Or les gens dans leur vie ne ressentent pas ça.
Il faudrait des institutions qui permettent au Parlement de jouer un rôle véritable. Voilà pourquoi j'étais favorable au quinquennat. Il permet de manifester le sentiment populaire plus souvent. Mais à condition qu'il soit accompagné d'un autre mode de scrutin à l'élection législative, afin que tous les Français soient représentés.
>> Jocelyn Dupont (Lyon) : Quelle réforme de l'université préconisez-vous pour répondre aux impératifs de mobilité de la jeunesse ?
Le sujet principal de cette élection devrait être l'éducation. Car tout commence là, y compris la sécurité. Je reprends volontiers à mon compte ce que disait Victor Hugo : « Quand j'ouvre une école, je ferme une prison ».
En France se pose d'abord la question des moyens. Et je suis favorable à ce qu'on crée un contrat avec l'Éducation nationale en lui garantissant des moyens et, en échange, en lui demandant des résultats. C'est du donnant donnant, et je porterai cette idée.
L'université française souffre en plus de la concurrence des grandes écoles. Elle est le parent pauvre de notre système, d'où les problèmes de recherche. Or, les deux sont liés, car partout dans le monde la recherche se fait dans l'université et partout dans le monde on entre dans l'entreprise par le doctorat, ce qui change la place de la recherche dans la société. Nous devrons régler ce problème.
Enfin, il y a aussi la question de l'orientation à l'entrée de l'université. Il faut que les jeunes sachent à quoi ils s'engagent. Et cette orientation doit se faire en terminale qui, pour moi, doit être une classe préparatoire à l'entrée à l'université.
>> Jacques Girod (Ain) : Comment réguler l'immigration ? Que ferez-vous pour réguler le commerce international, qui pille les matières premières des pays en voie de développement ? A quand la mondialisation du commerce équitable, qui peut aider les gens de ces pays à rester et travailler chez eux ?
Je suis heureux que vous posiez la question de cette façon. Je n'ai pas aimé l'expression « immigration choisie » de Nicolas Sarkozy : car c'est au fond l'idée que nous, qui avons 4 millions de chômeurs, nous devrions aller chercher des travailleurs ailleurs, au lieu d'essayer de reconvertir des gens qui sont au chômage. Ensuite, vous rappelez qu'il n'y a qu'une cause à l'immigration, c'est la misère terrible dans laquelle vivent ces personnes. Si on ne comprend pas cela, rien ne changera : il n'existe pas de muraille assez épaisse pour empêcher les gens de passer. Il faut donc une stratégie nouvelle de développement avec ces pays. Nous, Européens, nous avons fait le marché commun, avec un certain degré de protection de nos marchés, pour devenir autosuffisants. L'Afrique doit pouvoir faire la même chose : je suis pour le libre-échange, mais dans le cadre de quatre ou cinq zones protégées, notamment l'Afrique.
>> Marius Grobon (Ain) : Nous sommes dans un pays d'assistés. Que comptez-vous faire ?
Une des grandes questions à traiter dans les élections sera le drame français de l'exclusion. Ce sont des millions de personnes dont on se débarrasse en signant des chèques de quelques centaines d'euros par mois et ils sont chez eux, enfermés et cela, c'est terrible, c'est la misère. Mon idée, c'est qu'il faut se fixer un objectif : plutôt que de ne donner qu'un chèque à ces personnes et s'en débarrasser, c'est proposer une activité. Il y a tant de choses à faire dans notre société qui ne le sont pas ! C'est ce que j'appelle le principe de l'activité universelle ; ce qui permettra à ces hommes et à ces femmes d'améliorer ce qu'ils touchent puisqu'on leur donnera une indemnité en échange de leur travail et cela leur réapprendra une vie sociale ainsi qu'à se regarder comme utiles et respectés.Ça, c'est un grand choix de société, car actuellement, on les abandonne à leur ghetto.
>> Michèle Dupont (Loire) : Que pensez-vous faire pour les retraites agricoles ?
Je suis pour la poursuite du plan qui a augmenté les retraites par étape au cours des dix dernières années. Mais ce ne sera pas mirobolant. L'argent, il faut bien le trouver quelque part. Or, je n'ai pas de baguette magique.
>> Gilbert Couturier (Ain) : Dans ce pays il est difficile de réformer l'éducation nationale. Quelles réformes envisagez-vous ? Quels sont vos objectifs, vos méthodes et à quelle échéance ?
Le système éducatif français est parmi les meilleurs du monde, sauf pour 20 % des élèves, et ma priorité c'est qu'à l'issue du primaire, aucun élève n'entre en 6è sans savoir lire et écrire. C'était l'objectif de la tradition de l'école républicaine ; ce serait une démission d'y renoncer. Je me donne cinq ans pour réussir, le temps que se noue le sentiment de confiance.
Cela pose aussi le problème de la carte scolaire que Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy veulent remettre en cause. C'est une erreur. S'il y a des problèmes dans un établissement, et s'il s'y passe des choses intolérables, l'institution doit être capable de prendre en charge l'ordre de l'école et de le faire respecter. J'ai toujours refusé qu'on y mette des policiers. Pour moi l'ordre et l'autorité, c'est l'enseignant. Quand un élève met le bazar, il faut être capable de le mettre dehors, et pas dans l'établissement voisin.
Par ailleurs, je suis favorable à des parcours d'excellence. Cela ne me dérange pas que l'on crée, dans les collèges, notamment les plus difficiles, des classes de niveau pour que les meilleurs élèves puissent avoir un suivi particulier avec des options que l'on ne trouve pas dans les établissements du centre ville.
>> Gilbert Couturier : Vous voulez remettre en cause le collège unique ?
Non. Le collège est pour tous. En revanche certaines classes d'excellence permettraient à certains élèves de rester dans les établissements. L'ordre et l'excellence, c'est mon plan de reconquête de l'éducation nationale. Quand d'autres prônent la rupture et l'abandon de tous les idéaux républicains.
>> Françoise Lathuillère (Rhône) :Quelle est votre position sur le mariage homosexuel et sur l'adoption ?
Le mariage, pour moi, c'est un homme et une femme. Mais je suis pour la reconnaissance d'une union civile, et cela ne me gênerait pas qu'elle soit conclue à la mairie. Quant à l'adoption, on en parle comme si n'existaient pas aujourd'hui 300 000 enfants élevés par des homosexuels. On ne peut pas les oublier, ces enfants. Je ne suis pas favorable à une adoption plénière par deux homosexuels, car l'adoption, c'est la filiation, et ce serait donc accepter qu'un enfant ait deux pères, ou deux mères, ce qui pose un problème. En revanche, l'adoption simple, qui n'entraîne pas un lien de filiation, et qui est aujourd'hui ouverte à un célibataire, devrait l'être aussi aux homosexuels.
>> Guy Bosquet (Loire) : Aujourd'hui, les élèves des auto-écoles croulent sous la TVA, les moniteurs son extrêmement mal payés. D'ici 5 ans 75 % des auto-écoles auront fermé. Quelle réforme envisagez-vous pour maintenir l'égalité d'accès au permis de conduire ?
J'ai découvert ce problème récemment, car suite à un pari idiot avec mes enfants qui me disaient que je n'en serai pas cap, j'ai passé le permis moto et j'ai découvert plein de choses. D'abord que c'est dur de passer le code, ce n'est pas rien. Ensuite, j'ai vu à côté de moi des jeunes d'origine maghrébine, désemparés, parce qu'ils avaient des perspectives de boulot en tant que chauffeurs et se faisaient coller au code pour la cinquième fois : pas de permis, pas de travail. C'est dur, c'est cher et c'est bureaucratique de passer le permis de conduire.
J'ai ainsi appris, à ma grande stupéfaction, qu'à la préfecture des Pyrénées-Atlantiques, il y a quatre fonctionnaires dont tout le boulot est de faire les tableaux de passage des candidats au permis. Mais dans quel pays vit-on ? Je me suis promis de réformer cela et je proposerai une mesure qui paraîtra révolutionnaire : pour moi, l'enseignement de la conduite devrait être à l'école et tout le monde grosso modo devrait sortir avec le permis de conduire. Je suis pour une réforme radicale dans ce secteur car il y a beaucoup d'injustice dans tout cela.
>> André Tabin (Rhône) : Quelles sont vos positions en matière d'environnement, sur l'élimination des déchets, en particulier l'incinération, notamment dans le sud du département du Rhône touché par le projet de Loire sur Rhône ?
La principale question de l'environnement n'est pas celle des déchets, mais celle de l'atmosphère.
On est parti dans un drame écologique : le rejet des gaz à effet de serre entraîne des bouleversements tels qu'ils vont menacer une partie de l'humanité d'ici à la fin du siècle. Les estimations les plus optimistes tablent sur une augmentation de la température de 3°, les plus pessimistes de 6°. Quand on pense à ça, on se dit qu'on a une question de responsabilité humaine ; C'est très lié au problème énergétique. On a 40 à 50 ans de réserve en pétrole, 70 ans de réserve en gaz. Le gaz va prendre le relais du pétrole, son prix va augmenter. Il y a une source d'énergie dont les réserves sont d'au moins 250 ans, c'est le charbon. Le problème est que le charbon rejette dans l'atmosphère deux fois plus de gaz à effet de serre que le gaz, une fois et demie plus que le pétrole. Alors, que faire ? C'est une question pour la planète tout entière.
Maintenant, sur la question de l'incinération : les centrales récentes ne rejettent pas grand-chose dans l'atmosphère, il y a des filtres. On est en train de faire une immense centrale d'incinération à Paris intra-muros, avec l'accord des Verts. S'il y avait eu des risques de rejets, les Verts parisiens n'auraient pas accepté ça. En revanche, c'est vrai, il y a des déchets ultimes, qui demandent à être solidifiés, mis dans des décharges consolidées.
>> Jean Vassal (Loire) : Comment créer un Front populaire en dehors des partis pour relancer l'Europe ?
La démocratie a besoin des partis. Si les Français ont dit non au projet de constitution européenne, c'est parce qu'ils ont cru qu'il allait les déposséder de leur projet de société et qu'on allait leur imposer un système ultra-libéral. Pour moi c'est un crève-coeur, car il faut qu'on puisse choisir notre modèle en dehors des pressions des multinationales. Dans quelques mois je proposerais un texte, pour montrer qu'on peut écrire un texte simple, compréhensible par tout le monde. Les problèmes d'immigration ou de climat ne peuvent être traités qu'au sein de l'Europe.
>> Jacinto Torres (Rhône) : En tant que Président, quelle sera votre position vis-à-vis des États-Unis ?
Nous n'avons pas le même modèle, et j'en suis heureux : il y a un modèle américain, je suis pour un modèle français, européen. La différence se définit en particulier par la place que l'on réserve à l'argent dans la société : mon échelle de valeur, c'est que l'argent compte, mais l'argent ne doit pas gouverner la société, la politique. Dans la société américaine, les deux principaux partis politique sont tenus par ceux qui sont capables de financer les campagnes.
Mon désaccord avec Nicolas Sarkozy, c'est qu'il est fasciné autant par le modèle que par le président américain. Ensuite, je me suis opposé à la guerre en Irak, car ce n'est pas une guerre juste. Pourquoi ? Parce qu'elle a été décidée contre la communauté internationale. Or, on va avoir un immense problème avec l'Iran, un pays qui veut en détruire un autre (Israël - Ndlr), et qui pourrait avoir demain la bombe atomique. Si on l'accepte, c'est Munich ! Mais quand on demandera à l'Iran de ne pas se doter de la bombe au nom de la communauté internationale, il pourra répondre : c'est facile d'invoquer l'ONU quand ça vous arrange, et de l'oublier en Irak Les États-Unis ont ainsi pris une responsabilité terrible. J'aime ce pays, j'aime le peuple américain, mais ce n'est pas mon modèle. Je dirais même que la politique de Bush, c'est un contre-modèle. Ma ligne, c'est l'indépendance. La France n'a pas été arrogante, elle a été fidèle à elle-même, et l'accuser d'arrogance comme l'a fait le président de l'UMP a quelque chose de blessant pour la France.
